Une loi est en préparation pour clarifier un système de la formation professionnelle en France jugé « opaque, inégalitaire et inefficace ». Compte personnel de formation en euros mobilisable par chaque collaborateur depuis son smartphone, création d’une agence nationale de régulation et d’évaluation, mise à l’écart des OPCA… Décryptage de ce projet avec Daniel Baroin, anciennement directeur des organisations chez Danone, aujourd’hui senior advisor chez  Carewan, entreprise de conseil et de coaching intégrée au groupe KPMG, et administrateur de Consult’in France.

 

L’Elan des Talents : Cette réforme promet-elle le big bang annoncé ?

Le fait est que l’on semble enfin se diriger vers une transparence et une simplicité du système de la formation professionnelle. Aujourd’hui, les OPCA (Organismes paritaires collecteurs agréés) sont des intermédiaires entre les salariés et les entreprises. Si cette intermédiation est supprimée, comme annoncé dans le projet de loi, il me semble que chaque collaborateur pourra exprimer plus simplement, directement et rapidement son projet de formation. Ils seront remplacés par des « opérateurs de compétences », qui seront également gérés paritairement, mais ne collecteront plus les sommes destinées à la formation professionnelle. Cette mission sera du ressort des Urssaf, sachant que les entreprises s’acquitteront d’une unique cotisation, au lieu de deux actuellement, selon une contribution totale restant inchangée : 1,68 % pour les entreprises de plus de 11 salariés et 1,23 % pour les plus petites. En parallèle, l’agence France Compétences viendra se substituer aux trois instances nationales actuelles (Copanef, Cnefop et FPSPP) ; elle sera gérée par l’État, les organisations patronales et syndicales, et les Régions. Parmi ses missions, la régulation des prix des formations et le contrôle de la qualité des formations, via un cahier des charges que devront remplir les organismes de formation pour être certifiés, et donc bénéficier d’un financement.

En termes de gestion, tout ceci est assez révolutionnaire ; cela devrait en effet simplifier un process aujourd’hui très compliqué, notamment grâce à l’instauration d’un collecteur unique.

Le fait est que l’on semble enfin se diriger vers une transparence et une simplicité du système de la formation professionnelle […]. En termes de gestion, tout ceci est assez révolutionnaire ; cela devrait en effet simplifier un process aujourd’hui très compliqué, notamment grâce à l’instauration d’un collecteur unique.

Daniel Baroin

Senior Advisor , Carewan (groupe KPMG)

L’Elan des Talents : En quoi le salarié sera-t-il un acteur plus direct de son projet professionnel ?

Grâce à la suppression de barrières. Le Compte personnel de formation (CPF) sera exprimé en euros et non plus en heures : tous les salariés verront leur CPF crédité de 500 euros par an, plafonnés à 5 000 euros. Les personnes sans qualification auront 800 euros, avec un plafonnement à 8 000 euros. Le Gouvernement a également annoncé qu’une application sera créée pour permettre à chaque collaborateur de s’inscrire et de payer directement une formation, sans passer par un intermédiaire, mais aussi de connaître ses droits acquis ou les formations certifiantes dans son bassin d’emploi. Certains parlent de « gadget » ; je ne suis pas aussi sévère. Il me semble que cela fera tomber les barrières, notamment pour les salariés les moins informés sur leurs droits ou réticents à se présenter devant leur employeur. On lit souvent que les formations ne bénéficient pas à tous, mais surtout aux cadres. Le CPF et l’application sont deux outils qui devraient remédier à cet état de fait ; d’autant qu’un financement leur sera dédié pour accompagner, gratuitement, toute personne qui le souhaite dans son parcours professionnel. Enfin, les salariés à temps partiels auront les mêmes droits que ceux à temps plein, cela bénéficiera aux femmes puisque 80 % des salariés à temps partiels sont des femmes.

Il convient maintenant que les salariés se saisissent de ces nouvelles opportunités ; qu’ils aillent négocier avec leur manager ou leur service RH pour faire le point sur leur CPF et leurs besoins en formation.

 

Le Compte personnel de formation (CPF) sera exprimé en euros et non plus en heures : tous les salariés verront leur CPF crédité de 500 euros par an, plafonnés à 5 000 euros. Les personnes sans qualification auront 800 euros, avec un plafonnement à 8 000 euros.

Daniel Baroin

Senior Advisor, Carewan (groupe KPMG)

L’Elan des Talents : Cette réforme est-elle en mesure de booster la compétitivité des entreprises ?
Je pense que nous sommes à une période où la responsabilisation des personnes face à leur parcours de formation peut fonctionner. Mais tout dépendra de la capacité de chacun – salariés, grandes entreprises, PME, TPE – à profiter de ce nouveau cadre. Dans le cadre de l’entretien de développement professionnel, où le duo collaborateur/manager fait le point sur le développement des compétences et la construction du plan individuel de formation, le salarié pourra faire entrer son CPF dans le jeu ; l’entreprise, elle, raisonnera en fonction de ses besoins et de ses perspectives de développement. Ce processus de discussion et d’échange, le fait de s’écouter peut-être plus finement que par le passé, aura vraisemblablement des répercussions sur l’engagement, la fidélisation, le recrutement, la promotion interne. La formation va revenir au centre du jeu en tant que levier stratégique pour l’entreprise.

Le projet de loi a été examiné par le Parlement, en juin et juillet. Puis, si le Sénat adopte tous les articles du texte qui lui a été transmis sans modification, le texte sera adopté dans la foulée.

Daniel Baroin

Senior Advisor, Carewan (groupe KPMG)

L’Elan des Talents : Quelles sont les échéances de mise en œuvre de ce nouveau dispositif ?

Le projet de loi a été examiné par le Parlement, en juin et juillet. Puis, si le Sénat adopte tous les articles du texte qui lui a été transmis sans modification, le texte sera adopté dans la foulée. Mais entre temps, certains lobbyings peuvent se déclencher. Puis la mise en œuvre prendra du temps, car les enjeux sont importants : rôle des OPCA, positionnement de l’agence France Compétences, information des entreprises, finalisation de l’application en lien avec le CPF… Tout cela va être long, mais il me semble que les entreprises ont tout intérêt à se mettre en marche dès la constitution de leurs plans de formation 2019.

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