La loi destinée à empêcher l’invasion des sollicitations professionnelles en dehors du temps de travail n’est pas encore clairement formalisée. Résultat, certaines entreprises n’ont toujours pas pris de mesures dans ce sens et un tiers des salariés a encore du mal à déconnecter.

Vers un usage raisonné des outils informatiques

Pour rappel, le droit à la déconnexion fait partie de la loi El Khomri adoptée le 21 juillet 2016, et est mis en application depuis le 1er janvier 2017 dans les entreprises de plus de 50 salariés.

Cette loi vise à encadrer l’usage des technologies numériques dans le cadre professionnel, en protégeant les salariés contre un usage intempestif des e-mails et autres appels téléphoniques en dehors des heures de travail. L’objectif est de permettre aux salariés de concilier vie professionnelle et vie privée, à l’heure où les nouvelles technologies rendent la frontière les séparant de plus en plus mince.

Les risques liés à cette connexion permanente sont réels : les salariés se laissent rapidement envahir par un flot d’e-mails, se sentent dans l’obligation de prendre un appel téléphonique à 23h ou de consulter leurs e-mails pendant leurs congés, laissant planer le risque de surmenage et de burn-out.

L’application du droit à la déconnexion peut prendre la forme d’une charte pour un usage raisonné des outils informatiques (31,5% des entreprises optent aujourd’hui pour cette solution), un engagement des supérieurs hiérarchiques à ne pas contacter leurs employés lors de certaines périodes comme les soirées ou les week-ends, ou encore un blocage pur et simple des e-mails sur ces plages horaires.

Une application encore très limitée

Dans les faits, la loi faisant l’objet d’un accord d’entreprise, nombre d’entre elles n’ont pas encore mené d’actions pour favoriser la déconnexion des salariés. De plus, le concept ne fait pas l’objet d’une définition légale précise et reste donc flou pour près de la moitié des travailleurs (45% d’entre eux déclarant « ne pas savoir très bien de quoi il s’agit »).

Les mauvaises habitudes persistent.

Un tiers des actifs reste connecté durant ses congés d’été ; cette proportion est encore plus notable chez les cadres (51,5%) et chez les jeunes actifs (32,6% des 18-29 ans et 38,1% des 30-39 ans).

Ils sont respectivement incités par « le poids des responsabilités » et les « enjeux de carrière ». Et parmi ceux qui déconnectent, nombre d’entre eux éprouvent un sentiment de culpabilité. Chez les dirigeants, la déconnexion est presque nulle : 83% des décideurs admettent consulter leurs e-mails professionnels ou répondre à des appels téléphoniques en dehors des heures de travail.

 Vers un changement de la norme ?

La norme est à la connexion quasi-permanente, les contacts professionnels empiétant largement sur notre temps libre.

Ce phénomène est même en voie d’acceptation par les proches des actifs concernés. Ainsi, la moitié d’entre eux n’a pas rencontré de « tensions » avec son entourage en se connectant au travail pendant les vacances.

Si la loi devrait permettre une évolution des mentalités, la prise de conscience passe par des initiatives au sein des entreprises, comme la mise en place de formations destinées à sensibiliser sur l’importance de la déconnexion.

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